Pierre TINARD

Séismes : comment garantir la résilience économique ?

A l’échelle du globe, parmi les dix événements catastrophiques les plus meurtriers de ces cinquante dernières années, six sont des séismes depuis celui de 1976 en Chine (au moins 255 000 morts) à celui d’Haïti en 2010 (222 000 morts). Sur la même période, les pertes économiques n’ont cessé de croître passant de 2 milliards $ en 1970 à plus de 330 milliards $ en 2017.

L’explosion démographique des 50 dernières années et l’évolution constante des niveaux de vie, d’équipements et de services de la plupart des pays créent une situation où, à aléa équivalent, la survenance d’événements majeurs impacte de façon croissante l’économie des territoires exposés.

L’enjeu des sociétés modernes est sans nul doute d’assurer une résilience rapide après la survenue d’une catastrophe et notamment des séismes dont les conséquences se font souvent ressentir durant des mois voire des années. Cette résilience repose pour l’essentiel sur la continuité des lieux de vie et de l’activité économique et nécessite une prise en charge financière adaptée. Celle-ci peut se décliner aussi bien en amont afin de financer des actions de prévention visant à réduire la vulnérabilité qu’en aval afin d’indemniser les personnes et entreprises touchées.

Dès lors, les Etats ont un choix à faire entre une réponse variant du 100% public au 100% privé basée sur l’assurance ou un système mixte basé sur un partenariat public privé comme en France où l’assurance coexiste depuis 1982 avec le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles. Quelle que soit la réponse choisie, il est nécessaire de quantifier le risque afin de provisionner les moyens nécessaires tant pour la prévention que pour la remédiation.

Les événements récents montrent une disparité de situation importante selon le contexte et l’enjeu de la remédiation ne saurait être abordé de la même façon à Haïti où le séisme de 2010 a causé la disparation de 220 000 personnes pour un coût économique estimé à 11,5 milliards $ et un coût assuré de 112 millions $ soit 1% du total versus le séisme de Christchurch en Nouvelle-Zélande en 2011 avec 185 morts, 23 milliards $ de coût économique dont 19,1 pour le secteur de l’assurance soit 83 %.

Au-delà de la contextualisation, les outils disponibles pour appréhender le risque sismique sous son aspect financier seront présentés et notamment les modèles stochastiques sur lesquels se basent les assureurs et les régulateurs dans les pays de l’OCDE. Ces outils ont pour vocation d’intégrer l’état de l’art des connaissances scientifiques et d’en faire une synthèse « clé en main » pour estimer rapidement l’exposition des territoires ce qui les rend pratiques et largement diffusés. Pour autant, ils sont parfois entachés de simplifications et d’une vision trop macroscopique. Des séismes récents ont démontré qu’une approche à plus fine échelle était nécessaire introduisant de nouveaux besoins d’études, tant sur l’aléa que sur la vulnérabilité des bâtiments, auxquelles la communauté scientifique se doit de répondre. Quoi qu’il en soit, ces outils sont utilisés pour dimensionner l’effort financier nécessaire en post-catastrophe et servent de support dans de nombreux Etats pour lesquels un état des lieux des systèmes publics/privés mis en place pour assurer une résilience efficace sera exposé.

Un autre axe d’appréhension du risque sismique passe par la réduction en amont de ses conséquences notamment par le biais de la prévention. Parmi le panel d’actions liées à la prévention, l’établissement de normes parasismiques est un outil efficace de réduction des coûts, pas seulement humains, comme l’ont démontré les séismes de fin 2017 au Mexique pour lesquels l’analyse coût/bénéfice ne souffre d’aucune discussion. Des interactions existent entre financement de la post-catastrophe via l’assurance et actions de prévention. L’exemple de la France sera évoqué au regard du Fonds de Prévention des Risques Naturels Majeurs et des actions dévolues au renforcement du bâti existant ou au financement des Plans de Prévention des Risques.

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Tinard

Docteur ès Sciences de la Terre et de l'Univers, Certified Catastrophe Risk AnalystPierre Tinard a rejoint CCR fin 2008 après avoir travaillé durant plusieurs années dans différents laboratoires de recherche ainsi qu'au CNES sur des thématiques liées à la modélisation, la compréhension et le suivi des catastrophes d'origine tellurique en France comme à l'étranger.

Au sein de CCR, Pierre Tinard est modélisateur en charge de divers périls tels que les séismes, les tsunamis, la sécheresse géotechnique ou le terrorisme sous le prisme de l’impact économique notamment assurantiel. Il participe aux commissions interministérielles Catastrophes Naturelles ainsi qu’à divers groupes de travail sur sollicitation des ministères en lien avec ces périls.